• Des indésirables dans votre eau? Pesticides et produits pharmaceutiques

    Des indésirables dans votre eau? Pesticides et produits pharmaceutiques

    Radio-Canada publiait il y a quelques temps un article sur la présence de pesticides et de produits pharmaceutiques dans les réserves d’eau potable publiques du Québec à la suite d’une étude menée par des chercheurs de l’Université de Sherbrooke qui ont analysé l’eau du robinet de 18 municipalités du Québec pour vérifier la présence d’indésirables… qu’ils ont trouvés.

    Sans tomber dans l’alarmisme cependant, les chercheurs responsables du projet font état de leurs résultats et ceux-ci méritent certainement qu’on s’y intéresse de près puisqu’ils révèlent la présence de six produits pharmaceutiques et de quatre pesticides dans les échantillons prélevés à même le robinet en 2014 et en 2015.

    La démarche n’avait pas pour but d’établir les effets de ces substances dans l’eau pour la population mais bien leur présence: « C’est de prendre un polaroid de ce qu’on a dans notre eau, comme le dit Hubert Cabana, professeur. On n’a pas la réponse sur ce que ça va vous faire à vous, ou à moi, ce qu’on est capable de dire, c’est voici, il y en a! »

    L’étude se penchait sur l’eau de 16 municipalités rurales puisant leur eau directement dans la nappe phréatique ainsi que Sherbrooke et Drummondville, qui s’approvisionnent en eau de surface (lac Memphrémagog et rivière Saint-François).

    « Beaucoup de gens travaillent sur Montréal, Toronto, les grandes municipalités où c’est l’eau de surface qu’on prend et où il y a beaucoup de population, ajoute le chercheur. On voulait voir si la réalité de ces grandes villes est la même dans les milieux ruraux. »

    Produits pharmaceutiques

    Pour la première fois, de la cyclophosphamide, une molécule utilisée dans les traitements contre le cancer, a été détectée dans l’eau potable au Québec. Comme elle n’est pas entièrement métabolisée par le corps lors du traitement, cette molécule reconnue comme étant cancérigène en dehors de traitements médicaux contrôlés poursuit sa route dans le cycle de l’eau et se retrouve en bout de ligne dans les réserves d’eau potable. D’autres médicaments ont également été décelés, notamment la carbamazépine –  utilisée contre l’épilepsie et les troubles de l’humeur- l’acétaminophène, des anti-inflammatoires (acide méfénamique, naproxen) et la caféine.

    Malheureusement de telles substances ne sont pas adéquatement prises en charge par les systèmes de gestion des eaux usées actuels et elles se retrouvent donc dans le système d’eau potable. De plus, même en présence de ces substances, l’eau est considérée comme de bonne qualité selon la réglementation actuelle.

    « Il y a 90 contaminants, molécules ou substances qui sont normées, mais il y a 100 000 produits qui sont en commercialisation, selon Santé Canada et Environnement Canada. Donc, il y a beaucoup de produits qui sont présents ou qui peuvent être présents dans l’eau et, si on ne teste pas de façon préventive, on ne sait pas quelle est l’ampleur de cette problématique », indique Sebastian Sanchez, finissant à la maîtrise en génie civil.

    Présence d’atrazine

    Les chercheurs ont aussi vérifié la présence de pesticides et ont découvert que l’atrazine, l’un des pesticides les plus vendus au Québec, apparaissant dans 25% des échantillons prélevés.

    Bien que le professeur Cabana ne soit pas prêt à dire que l’atrazine représente un danger pour la santé humaine, ses effets perturbants pour le système endocrinien ont été démontrés et la substance est sévèrement réglementée en Europe et a fait l’objet de poursuites de la part de certaines municipalités américaines envers l’entreprise qui commercialise le populaire pesticide. Les tribunaux leur ayant donné gain de cause, elles ont pu répartir les fonds ainsi gagnés entre 1000 municipalités qui l’ont investi dans le traitement de leur eau contaminée.

    Autres pesticides détectés dans les échantillons d’eau potable :

    Hexazinon (herbicide)
    Métolachlore (désherbant)
    Thiabendazole (fongicide)

    La présence de pesticides est constante dans les échantillons d’eau prélevés à Drummondville. En zone agricole, il est prévisible d’en retrouver – à Compton par exemple – chaque échantillon comportait une molécule de pesticide. Aucune trace de pesticides n’ont été détectées dans l’eau de certaines autres municipalités rurales comme Ayer’s Cliff, Bury ou encore Coaticook.

    Soyons vigilants!

    Les deux chercheurs considèrent qu’il faudra beaucoup plus d’études pour établir clairement les risques réels pour la santé, les interactions possibles entre les contaminants et leur progression avec l’augmentation de la consommation de médicaments. Les ressources consacrées à ces recherches sont malheureusement limitées, tant sur le plan des ressources humaines, que financières et technologiques. Les deux chercheurs invitent donc, par l’entremise entre autres de l’articles publié par Radio-Canada, les paliers gouvernementaux à s’impliquer et à ajuster les réglementations aux réalités changeantes.

    Pour l’article complet, cliquez ici.